Windsor – De la poudre au papier, 150 ans d’histoire !

150 ans d’histoire vivante

En 2026, la Ville de Windsor souligne son 150e anniversaire. Cet anniversaire est l’occasion de revenir sur une histoire riche, façonnée par son territoire, ses industries, ses institutions et surtout par les femmes et les hommes qui ont contribué à son développement.

De village de moulins à ville industrielle, puis à communauté moderne et engagée, Windsor a connu de profondes transformations qui continuent de marquer son identité.

Les premiers occupants et l’arrivée des colons

Bien avant l’arrivée des premiers colons européens, le territoire de Windsor était fréquenté par la nation abénaquise, un peuple autochtone traditionnellement associé à la protection de la rivière Saint-François, voie de circulation et source de vie essentielle.

La colonisation débute vers la fin du XVIIIe siècle. Le premier colon officiellement établi dans le canton de Windsor est le capitaine Josiah Brown, originaire des États-Unis. À cette époque, la population est extrêmement réduite : en 1805, Windsor ne compte que deux familles, pour un total de 17 personnes.

La vie quotidienne des premiers colons est marquée par l’autosuffisance. Sans commerces spécialisés, ils doivent produire eux-mêmes ce dont ils ont besoin. La potasse devient alors une ressource clé, utilisée notamment dans la fabrication du savon et échangée contre des biens dans les grands centres urbains.

Naissance d’une ville industrielle

Trois facteurs majeurs expliquent la naissance et la croissance de Windsor.

D’abord, la présence des chutes de la Watopéka, à la jonction de la rivière Saint-François, fournit une énergie hydraulique essentielle au fonctionnement des moulins. Ensuite, l’arrivée du chemin de fer Montréal–Portland favorise le commerce et l’augmentation rapide de la population. Enfin, la guerre civile américaine entraîne la création de la célèbre poudrière de Windsor, qui joue un rôle stratégique à l’époque.

La Poudrière de Windsor

Fondée en 1864, en pleine guerre de Sécession américaine, la Poudrière de Windsor a joué un rôle déterminant dans le développement industriel et démographique de la ville. Établie le long de la rivière Watopéka, cette usine de poudre noire profitait de l’énergie hydraulique et d’un emplacement stratégique pour répondre aux besoins croissants en explosifs en Amérique du Nord. Exploitée successivement sous plusieurs raisons sociales — dont Sheldon Andrews and Company, Windsor Powder Company, Hamilton Powder Company et finalement Canadian Explosive Limitée — la poudrière a employé des dizaines de travailleurs locaux, souvent dans des conditions difficiles et risquées.

Les employés y travaillaient de longues heures pour des salaires modestes, exposés en permanence aux dangers inhérents à la fabrication d’explosifs. Malgré son importance économique, l’usine connut un déclin progressif au début du XXe siècle, causé notamment par des difficultés de transport, le manque d’eau en période sèche, l’obsolescence technologique de la poudre noire et une explosion majeure survenue en 1922. Cette dernière entraîna la fermeture définitive de la poudrière, marquant la fin d’une époque, mais laissant une empreinte durable dans l’histoire industrielle et ouvrière de Windsor.

De Windsor Mills à Windsor : l’affirmation municipale de Windsor

À la fin du XIXᵉ siècle, Windsor Mills entre dans une période de profondes transformations économiques, sociales et urbaines. Portée par l’essor industriel de la Canada Paper et de la Poudrière, la localité connaît une croissance démographique rapide et amorce sa transition d’un village industriel vers une véritable ville structurée. L’industrialisation attire une main-d’œuvre nombreuse, majoritairement ouvrière, et modifie durablement les rythmes de vie, les conditions de travail et l’organisation du territoire.

Cette période est marquée par une modernisation progressive des infrastructures. L’amélioration des transports ferroviaires, l’introduction du téléphone, l’électrification graduelle du village et les débats entourant la construction d’un aqueduc témoignent des préoccupations sanitaires et urbanistiques de l’époque. Les incendies fréquents, les épidémies et la qualité incertaine de l’eau potable rappellent toutefois la fragilité des conditions de vie dans un contexte de croissance accélérée.

Sur le plan social, Windsor Mills reflète les réalités d’une société industrielle en mutation. La population augmente rapidement, en particulier du côté francophone et catholique, entraînant la création de nouvelles paroisses, l’agrandissement des églises et le développement des institutions scolaires. La vie communautaire s’organise autour des lieux de culte, des écoles, des salles publiques et des associations locales, qui jouent un rôle central dans la cohésion sociale.

Grâce au chemin de fer et aux voies navigables, Windsor s’inscrit pleinement dans les réseaux de transport régionaux et internationaux. Les marchandises produites localement — papier, bois, explosifs — sont expédiées vers Montréal, l’Ouest canadien et même outre-mer. Cette connectivité renforce le rôle stratégique de la ville dans l’économie régionale et contribue à son attractivité.

Les infrastructures de transport influencent également la mobilité des personnes, facilitant les échanges commerciaux, les déplacements de la main-d’œuvre et l’intégration de Windsor aux grands courants économiques du début du XXᵉ siècle.

Le papier, une industrie en plein essor

L’histoire industrielle de Windsor prend un tournant décisif au milieu des années 1860 avec l’établissement d’une industrie papetière sur les rives de la rivière Watopeka. C’est là que s’implante Angus & Logan, entreprise associée aux premières installations de fabrication de pâte et de papier qui feront de Windsor l’un des berceaux de l’industrie papetière canadienne.

Dès 1864, on y expérimente la fabrication de pâte à papier à partir du bois, une innovation majeure à une époque où le papier est encore largement fabriqué à partir de chiffons et d’autres fibres textiles. Quelques années plus tard, les archives municipales confirment l’importance prise par l’entreprise : Angus Logan & Cie possède des installations et des propriétés dans le secteur des moulins et, en 1871, sa manufacture de papier est évaluée à 10 000 $ par la municipalité. Cette année-là, le conseil lui accorde d’ailleurs une remise de ses taxes générales et de pont.

L’historienne Catherine Matilda Day, qui décrit Windsor à la fin des années 1860 dans son History of the Eastern Townships, offre un témoignage exceptionnel sur cette industrie encore naissante. Elle décrit des installations où le bois est transformé en pâte destinée à la fabrication du papier et souligne le caractère novateur du procédé. À ses yeux, Windsor occupe alors une place tout à fait particulière dans cette nouvelle industrie canadienne.

Le développement ne s’arrête pas là. En 1873, les intérêts industriels sont réorganisés et intégrés à la nouvelle Canada Paper Company. Les documents fonciers conservés dans les archives de l’entreprise confirment notamment un transfert de propriété provenant d’Angus Logan & Co. le 16 décembre 1873.

Cette transformation marque le début d’une remarquable continuité industrielle. Au fil des décennies, les installations prennent de l’ampleur, les procédés évoluent et la papeterie devient l’un des principaux moteurs économiques de Windsor. L’entreprise investit dans ses moulins, ses barrages et ses infrastructures et participe directement à la transformation du petit noyau de Windsor Mills en village industriel.

La Canada Paper Company laissera ainsi une empreinte profonde sur le développement de Windsor : emplois, croissance démographique, nouveaux quartiers, infrastructures et relations parfois complexes avec la municipalité. À la fin du XIXe siècle, son influence est telle que les élus municipaux interviennent directement dans ses projets d’expansion. En 1894, des projets concernent notamment un nouveau barrage sur la Saint-François, un moulin à pâte et l’ajout d’une machine à papier.

L’entreprise poursuivra son évolution au XXe siècle à travers différentes transformations corporatives, jusqu’à s’inscrire dans l’histoire de Domtar.

Ainsi, l’usine qui a façonné Windsor pendant des générations trouve ses racines dans une aventure industrielle commencée au bord de la Watopeka dans les années 1860 — au moment même où le bois commence à remplacer le chiffon comme matière première de l’industrie papetière moderne.

Windsor à la fin du XIXᵉ siècle : une ville en transformation

Sur le plan administratif, l’évolution de Windsor reflète directement la croissance rapide et les transformations profondes que connaît la communauté à la fin du XIXᵉ siècle. En 1876, le village de Windsor Mills se sépare officiellement du canton de Windsor afin de se doter de structures municipales propres, mieux adaptées à une population en augmentation et à une activité industrielle de plus en plus importante. Cette séparation marque une étape déterminante dans l’affirmation de l’autonomie locale et dans la capacité du village à gérer ses propres enjeux, notamment en matière d’infrastructures, de services publics et d’aménagement du territoire.

Au fil des décennies suivantes, le développement économique, la diversification des activités industrielles et l’expansion du tissu urbain accentuent le besoin d’une gouvernance municipale plus structurée. En 1899, Windsor Mills accède ainsi au statut de ville, une reconnaissance officielle de son importance régionale et de son rôle central dans la vallée de la Saint-François. Ce changement de statut permet à la municipalité d’élargir ses responsabilités, de moderniser ses services et de mieux répondre aux besoins d’une population désormais bien établie.

Enfin, en 1914, la ville adopte officiellement le nom de Windsor, abandonnant la désignation « Windsor Mills ». Ce changement symbolise la transition d’un village principalement identifié à ses moulins et à son activité industrielle vers une ville à part entière, dotée d’une identité civique affirmée. Il marque l’aboutissement d’un long processus d’évolution administrative et institutionnelle, inscrivant définitivement Windsor comme une municipalité autonome, structurée et tournée vers l’avenir.